Comment la consommation et l’équilibre alimentaires évoluent-ils lorsque les températures montent ? Les premières réponses issues de la cohorte NutriNet Santé en France révèlent un paradoxe nutritionnel de l’adaptation à la chaleur.
Réchauffement de la planète, augmentation de la fréquence et de la sévérité des épisodes climatiques extrêmes, dont les vagues de chaleur de 2026… Les modifications climatiques deviennent de plus en plus perceptibles et les mesures de fond à prendre deviennent de plus en plus pressantes. Elles menacent la sécurité alimentaire globale en réduisant les rendements des cultures, voire la qualité nutritionnelle des denrées récoltées. Elles menacent aussi la santé humaine. Dès lors se pose la question des effets de la température sur le mode de vie, dont l’alimentation. Or, jusqu’à présent, on ne connait pas grand-chose sur le sujet.
C’est pour en savoir plus sur ce sujet que l’équipe de recherche en charge de la cohorte NuriNet Santé en France a mené cette étude, en croisant les données de consommation de 2009 à 2023 avec la température extérieure.
À lire aussi : Comportements obésogènes et santé mentale étroitement liés
Effets contrastés de la hausse des températures
Tout d’abord, il apparait que les femmes ont un meilleur Global of Burden Disease Dietary Index (GBDDI), qui exprime la qualité des habitudes alimentaires en lien avec la prévention des risques de maladies chroniques à long terme. Cependant, les hommes affichent un meilleur PANDiet, qui exprime la probabilité d’avoir des apports nutritionnels adéquats. Après ajustement pour l’énergie, les hommes consomment plus de boissons sucrées, de viande rouge, de viandes transformées et de produits laitiers, alors que les femmes mangent plus de légumes et de produits sucrés.
Globalement et indépendamment du sexe ainsi que du profil socio-économique, une augmentation de la température extérieure est associée à :
- une consommation plus élevée de fruits, de légumes, d’eau, de boissons alcoolisées, de produits sucrés et de boissons sucées
- une consommation moindre de viande rouge, de légumineuses et de produits laitiers
En dépit de ces modifications, les indicateurs de la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation ainsi que les apports énergétiques ne sont pas affectés de manière substantielle par l’augmentation des températures.
À lire aussi : Microbiote et obésité : une question de latitude ?
Alcool chez les salariés, boissons sucrées chez les jeunes
Les chercheurs ont également examiné l’évolution du comportement alimentaire en fonction de la hausse des températures selon différents profils socio-économiques identifiés : salariés, privilégiés, intermédiaires, jeunes, désavantagés, retraités. Il apparait que globalement les changements suivaient des tendances similaires. Néanmoins, une augmentation plus importante de la consommation de boissons alcoolisées avec la hausse des températures ressort chez les salariés, alors que chez les jeunes, c’est la consommation de boissons sucrées qui augmente de manière plus marquée, tandis que celle des fruits augmente plus modestement que chez les salariés.
En résumé, les fortes chaleurs semblent déclencher conjointement des ajustements favorables à l’équilibre alimentaire – comme la diminution de la consommation de viande rouge et l’augmentation de la consommation de fruits et légumes – et des ajustements défavorables (plus d’alcool, surtout chez les hommes, et plus de boissons sucrées), sans modifier significativement les apports énergétiques ni la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation.
À lire aussi : Brûleurs de graisse : souvent inefficaces, parfois dangereux
Kesse-Guyot E et al. Am J Clin Nutr 2026. 10.1016/j.ajcnut.2026.101430
Source