L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France tire la sonnette d’alarme : près de la moitié des adultes dépassent le seuil maximal pour le cadmium, dont l’alimentation est la principale voie d’exposition. Dans sa nouvelle analyse, l’agence dresse le bilan de la situation.
Le cadmium fait partie des métaux lourds qui contaminent la chaîne alimentaire. Il est reconnu comme cancérogène avéré pour le poumon en milieu professionnel, et est suspecté de favoriser d’autres cancers comme ceux du pancréas, de la vessie, de la prostate et du rein. L’exposition au cadmium, même à faible dose, entraîne une atteinte rénale pouvant évoluer vers l’insuffisance rénale, ainsi qu’une fragilité osseuse. Il est encore suspecté de provoquer des effets indésirables sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire.
Une nouvelle expertise menée par l’Anses, en France, fait le point sur l’exposition à ce contaminant en intégrant une modélisation de la cadmiurie. Elle confirme qu’une partie importante de la population dépasse le seuil de concentration critique dans les urines (0,5 μg de cadmium par gramme de créatinine). L’instance souligne que des effets néfastes à long terme sont probables pour une part croissante de la population si aucune mesure n’est mise en place pour réduire les expositions au cadmium. Voilà qui n’est guère rassurant…
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Le cadmium des engrais minéraux phosphatés
Si le cadmium a fait parler de lui récemment dans le chocolat, en raison de sa présence dans certains cacaos, cet élément est en réalité largement distribué dans la chaîne alimentaire : céréales et produits céréaliers, pommes de terre, légumes, algues alimentaires… Si l’exposition au cadmium n’a fait que croitre au fil des dernières décennies, au point de devenir préoccupante auprès de quasiment 1 adulte sur 2, c’est essentiellement en raison de la contamination des sols par l’usage de certains fertilisants riches en cadmium, en particulier les engrais minéraux phosphatés. Les effluents d’élevage ainsi que les boues et composts représentent respectivement les deuxième et troisième sources de cadmium dans les sols.
L’Anses explique donc que pour limiter la contamination des sols agricoles, il faudrait arriver à appliquer des valeurs limites pour le cadmium dans les matières fertilisantes utilisées en agriculture. Cela repose donc avant tout sur une action collective. Dans l’UE, la limite maximale est de 60 mg de Cd par kilo d’engrais phosphaté, une limite que l’Anses préconise de diviser par 3, à savoir 20 mg Cd/kg afin d’espérer réduire, à terme, le flux de cadmium des sols vers l’alimentation.
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Varier les sources
Si les professionnels de la santé n’ont pas vraiment d’emprise sur la composition et l’utilisation des engrais phosphatés, ils peuvent tout de même prodiguer certains conseils pour limiter l’ingestion de cadmium. L’Anses préconise ainsi de :
- limiter certains produits à base de blé sucrés et salés, tels que les céréales du petit-déjeuner, les gâteaux, les biscuits…
- introduire davantage de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé tels que les pâtes
- varier les sources d’approvisionnement : alterner les denrées provenant de différentes zones ou filières pour éviter une exposition répétée au cadmium
L’Anses a par ailleurs proposé des valeurs limites spécifiques pour les algues alimentaires afin de protéger les consommateurs.
À noter que le produits « bio » ne sont pas épargnés par cette contamination. Et encore, qu’après l’alimentation, le tabagisme représente la principale voie d’exposition supplémentaire au cadmium.
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Anses. Le cadmium. Rapport d’expertise collective, février 2026.
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