
Le Dr Judith Wellens est assistante au sein de l’équipe MICI de l’hôpital Imelda à Bonheiden, après avoir mené ses recherches doctorales au sein de l’équipe MICI de l’UZ/KU Leuven. Ses recherches portent sur le rôle de l’alimentation dans les MICI et explorent de nouvelles stratégies alimentaires pour la prévention et le traitement. Dans cette interview, elle nous parle des résultats de ses recherches.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) touchent principalement les pays occidentaux. L’Europe du Nord et de l’Ouest ainsi que les Etats-Unis comptent parmi les régions les plus touchées au monde. La prévalence totale des MICI est estimée entre 0,3 et 0,5 % de la population dans de nombreux pays européens. La maladie de Crohn touche environ 100 à 200 personnes pour 100 000 habitants, mais le nombre de cas continue d’augmenter.
On observe actuellement une augmentation en Europe de l’Est et du Sud, ce qui reflète probablement l’« occidentalisation » du mode de vie (alimentation, hygiène, tabagisme, etc.).
Alimentation, environnement et MICI
Selon une étude1 l’alimentation semble jouer un rôle important dans les maladies inflammatoires de l’intestin (MICI). « Cela a surtout été constaté dans la maladie de Crohn. Si l’on pose une stomie temporaire et que les selles ne passent plus par le côlon, celui-ci guérit. Ce n’est que lorsque les selles reprennent que l’inflammation réapparaît. Nous pensons donc qu’il y a quelque chose dans les selles qui déclenche l’inflammation. »
L’étude a conduit à une deuxième conclusion : la nutrition entérale exclusive chez les enfants est aussi efficace que les doses élevées de cortisone comme stratégie d’induction dans la maladie de Crohn.
Une troisième constatation concerne les facteurs environnementaux. « L’incidence (le nombre de cas) est plus élevée dans les pays occidentaux que dans les zones plus rurales. Des études américaines ont montré qu’il y a beaucoup moins de variation dans le microbiote dans les pays occidentaux. Cela peut également s’expliquer par la diversité des fibres et la quantité de fibres que nous consommons. Nous consommons beaucoup moins de fibres et moins de variétés de fibres qu’en Amérique du Sud, par exemple. »
Parmi les autres facteurs environnementaux associés aux maladies inflammatoires de l’intestin, on peut citer le tabagisme (étroitement lié à la maladie de Crohn), la pollution atmosphérique, la vitamine D et l’exposition au soleil, ainsi que certains médicaments tels que les anti-inflammatoires et la pilule contraceptive. Bon nombre de ces facteurs jouent également un rôle dans le syndrome du côlon irritable (SCI).
A lire aussi : Microbiote intestinal : les meilleurs et les moins bons régimes
Aliments pro-inflammatoires et anti-inflammatoires
Le Dr Wellens nous explique que, dans le contexte des MICI, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer précisément ce qui a un effet anti-inflammatoire et ce qui favorise l’inflammation. « Les aliments d’origine végétale sont généralement considérés comme anti-inflammatoires, mais il faut faire attention. S’agit-il d’un produit non transformé comme une pomme ou d’un produit transformé comme une boisson au soja aromatisée au chocolat et contenant des additifs ? »2
Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, le régime méditerranéen reste le régime recommandé tant pour les personnes atteintes de MICI que pour les personnes en bonne santé. « Le professeur João Sabino, gastro-entérologue à l’UZ Leuven, teste actuellement un régime fortement inspiré du régime méditerranéen, avec l’ajout de composants spécifiques aux MICI, auprès de patients atteints de MICI à l’UZ Leuven. Les résultats de ce régime seront comparés à ceux d’un autre groupe de patients atteints de MICI suivant un régime alimentaire normal. Contrairement au régime méditerranéen classique, le régime testé par le professeur Sabino ne contient pratiquement pas de viande rouge ni de sulfites, très peu de sucres ajoutés, et ne contient pas d’émulsifiants tels que le carraghénane et la carboxyméthylcellulose. »
Pour le syndrome du côlon irritable, il existe le régime FODMAP. « Dans le cas des MICI, nous l’utilisons également, mais dans une version allégée, car certains nutriments riches en fibres, qui favorisent un microbiote sain, sont temporairement exclus », explique le Dr Wellens. « On observe également une recrudescence des recherches sur le régime méditerranéen dans le cadre du syndrome du côlon irritable. Les deux camps se rapprochent donc. »
A lire aussi : Inflammation : le pouvoir de l’alimentation
Une bonne santé intestinale tout au long de la vie
Selon le Dr Wellens, une alimentation saine est essentielle pour une bonne santé intestinale à long terme. « Une alimentation saine signifie manger le moins possible d’aliments ultra-transformés, consommer suffisamment de fibres, de fruits et de légumes, ne pas trop grignoter et essayer de ne pas abuser des antibiotiques, car ils sont néfastes pour le microbiote. Il est bien sûr également déconseillé de fumer, car la fumée atteint non seulement les poumons, mais aussi l’estomac et les intestins. »
Sources
- H.D. Janowitz, E.C. Croen, D.B. Sachar. The Role of the Fecal Stream in Crohn’s Disease: An Historical and Analytic Review. Inflammatory Bowel Diseases, Volume 4, Issue 1, 1 February 1998, Pages 29–39. doi.org/10.1097/00054725-199802000-00006
- Jie Chen et al. Composition of plant-based diets and the incidence and prognosis of inflammatory bowel disease: a multinational retrospective cohort study. The Lancet Regional Health Europe, Volume 52, May 2025. https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2025.101264