Deux études portant sur la cohorte NutriNet-Santé rapportent un risque accru de cancers et de diabète de type 2 pour plusieurs conservateurs alimentaires courants. Sans surprise pour certains, plus étonnant pour d’autres…
C’est la première fois qu’une telle étude associe de façon spécifique des conservateurs alimentaires au risque de développement du cancer et du diabète de type deux. Ces deux études menées au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren) et coordonnées par Mathilde Touvier (Inserm) portent sur plus de 100 000 personnes de la cohorte NutriNet-Santé. L’une porte sur conservateurs et cancer, et est publiée dans The BMJ, l’autre sur conservateurs et diabète de type 2, et est publiée dans Nature Communications. Utilisant notamment la base de données Open Food Facts World, les investigateurs estiment que plus de 700 000 aliments et boissons contiennent au moins un des 58 conservateurs détectés, c’est dire si leur utilisation est largement répandue. La plupart des conservateurs portent un nom de code européen de E200 à E399.
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Conservateurs associés à un risque accru de cancer du sein
Dans la première étude, la consommation de conservateurs non-antioxydants (E200 à E299) s’avère associée à une incidence accrue de cancer au global et de cancer du sein spécifiquement. Précisons que 11 conservateurs sur les 17 étudiés individuellement n’étaient pas associés au risque de cancer.
Les conservateurs dont la consommation plus élevée est associée à une augmentation du risque de cancer sont :
- Les sorbates, en particulier le sorbate de potassium
- Les sulfites, en particulier le métabisulfite de potassium
- Le nitrite de sodium et le nitrate de potassium
- Les acétates et l’acide acétique
- Les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium
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Conservateurs associés à un risque accru de diabète de type 2
Dans la seconde étude, 12 conservateurs sur les 17 étudiés individuellement présentent une association positive avec le risque de diabète de type 2 :
- des conservateurs alimentaires non-antioxydants largement utilisés : sorbate de potassium (E202), métabisulfite de potassium (E224), nitrite de sodium (E250), acide acétique (E260), acétates de sodium (E262) et propionate de calcium (E282)
- des additifs antioxydants : ascorbate de sodium (E301), alpha-tocophérol (E307), érythorbate de sodium (E316), acide citrique (E330), acide phosphorique (E338) et extraits de romarin (E392).
Le fait que des additifs tels que les nitrites soient impliqués dans un risque accru de cancer n’a rien de surprenant, d’autant qu’ils sont déjà classés comme cancérogènes avérés par l’IARC. Il est plus difficile d’expliquer que certains composés tels que l’acide citrique, qui est aussi largement présent dans les fruits, ou encore l’alpha-tocophérol, une forme de vitamine E, soient impliqués dans des problèmes de santé.
Rappelons que cette étude porte sur des associations observées et ne permet en rien d’établir un lien de causalité. Mais elle appelle à poursuivre les investigations pour, le cas échéant, amener à revoir le statut de certains additifs.
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Hasenböhler A et al. BMJ 2026;392 doi: https://doi.org/10.1136/bmj-2025-084917 Hasenböhler A et al. Nat Commun 2025;16,11199 https://doi.org/10.1038/s41467-025-67360-w
Sources