Les nouvelles recommandations alimentaires 2025-2030 aux États-Unis marquent une rupture historique, avec une valorisation de la viande et des autres protéines animales, à contre-courant de la transition alimentaire vers plus de végétal.
C’est un coup de poing dans la figure de nombreux scientifiques impliqués dans l’établissement des recommandations alimentaires aux quatre coins du globe, et tous ceux qui plaident pour une alimentation plus végétale, plus respectueuse de la planète. L’administration Trump, par l’intermédiaire de Robert F. Kennedy Jr, bouleverse les recommandations alimentaires « classiques » .
Sous le slogan MAHA (Make America Healthy Again), c’est le retour à la pyramide alimentaire, mais inversée. Jusque-là, ça va. Mais le modèle visuel, où trônent côte à l’os, poulet rôti et produits laitiers entiers, rompt singulièrement avec tout ce qui existe comme recommandations « officielles ».
Le message principal – « Eat Real Food » – appelle à abandonner les aliments ultra-transformés, appelés « hautement transformés ». Un message très dans l’ère du temps, qui parait pourtant bien utopique dans un pays où plus de 60 % de l’énergie vient des AUT. De plus, l’intérêt sanitaire d’un tel message est très discutable, dans la mesure où il oriente prioritairement vers plus de produits animaux bruts.
Dans la lignée de la vision de Donald Trump, les recommandations abandonnent toute considération de durabilité, alors que la plupart des pays sont dans une démarche où cette dimension est progressivement intégrée…
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Les protéines au cœur des recommandations
Ces nouvelles guidelines reflètent plus certains courants très tendance que les réelles avancées scientifiques. Les protéines, qui font l’objet d’un engouement souvent exagéré dans nos populations qui, pour la plupart, en consomment largement assez, sont particulièrement valorisées. La recommandation US est pratiquement doublée, pour passer à 1,2 à 1,6 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour (contre 0,8 g auparavant et 0,83 g en Europe). À l’inverse, les céréales complètes, bien que préférées aux céréales raffinées, sont reléguées dans la pointe de la pyramide inversée. Est-ce le reflet d’un engouement pour le « low-carb » et autres régimes cétogènes ? Et dire que la consommation insuffisante de céréales complètes a été identifié dans le vaste projet Global Burden of Disease comme le facteur de risque alimentaire associé à la perte du plus grand nombre d’années de vie en bonne santé…

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Le retour du gras
Après des décennies de lipidophobie particulièrement marquée aux États-Unis – qui a conduit notamment à un déplacement de l’énergie des matières grasses vers les sucres ajoutés – les nouvelles guidelines sonnent le retour du gras. Mais pas sûr que ce virage à 180 degrés soit une bonne chose. En effet, dans le message « Incorporate Healthy Fats », les trois premiers exemples d’aliments sources de « bon gras » sont : 1. La viande, 2. Le poulet, 3. Les œufs. Et, cerise sur le gâteau, pour la cuisson, si l’huile d’olive est citée en premier, elle est immédiatement suivie du beurre et du suif (blanc de bœuf). Voilà qui n’est pas sans rappeler les premiers régimes pauvres en glucides et riches en graisses animales, qui se sont avérés être une catastrophe pour la santé cardiovasculaire.
Le seul point réellement défendable concernant les lipides -qui constitue une évolution positive dans ces recommandations – est l’abandon du « tout à 0 % de graisses » pour les produits laitiers. Car les études menées surtout au cours de ces dix dernières années n’ont pas permis de montrer une supériorité du lait écrémé et des produits laitiers maigres par rapport aux versions non-allégées, que du contraire. À noter que les nouvelles recommandations maintiennent la limitation des acides gras saturés à max 10 % de l’énergie, ce qui, compte tenu de la place accordée aux sources de graisses animales, n’est pas tenable.
En réaction à ces recommandations, le Center for Science in the Public Interest a publié d’autres repères pour « montrer à quoi auraient pu ressembler les lignes directrices générales du gouvernement fédéral en matière d’habitudes alimentaires saines si l’administration Trump ne s’était pas écartée de son mandat de publier des lignes directrices claires, détaillées et fondées sur des preuves ».
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Sources